Carmela Garipoli

Illustratrice et graphiste vénézuélienne

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Carmela Garipoli

Le travail de Carmela Garipoli se situe à la frontière de l’écriture et du dessin. Il vit à cheval sur cette ligne mêlant les deux non pas pour illustrer un propos mais pour le compléter, exprimer en mots ce que l’image ne parvient pas à dire, tracer des lignes là où les mots atteignent la limite de leur puissance sémantique. Après un parcours professionnel touche à tout elle choisit d’exercer le métier de graphiste pour marier tous les jours le crayon et le clavier.

Comment faire d’un amas de sensations un récit ? De souvenirs diffus une image ? Quelles histoires millénaires se retrouvent dans des images de tous les jours ou au détour d’un voyage ? Comment résonnent en nous les instants vécus à la lumière de notre propre mythologie et des héros qui peuplent notre imaginaire ?

Ce questionnement omniprésent dans toute son œuvre dès la publication de son premier recueil de nouvelles en 1996 a pendant longtemps pris la forme de l’exploration, presque obsessionnelle, des arcanes du tarot de Marseille. Figures intangibles chargées de symbolique que Carmela Garipoli s’emploie à recréer indéfiniment, à retrouver dans les gravures rupestres précolombiennes de son pays, le Venezuela, ou encore à faire vivre dans un recueil de poèmes où les 22 cartes se fondent dans autant de paysages et de scènes quotidiennes de son pays natal.

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Les carnets de voyage qu’elle crée depuis une dizaine d’années s’attachent à explorer les liens que l’on peut tisser entre les différents fragments de la mémoire pour recréer une image unique, assemblage de mots et de photographie, au plus proche du souvenir et de l’impression laissée. Parfois les mots sont simplement déroulés sous forme de listes, parfois assemblés dans de courts poèmes qui révèlent les lieux non pas tels qu’ils furent vus mais tels qu’ils furent vécus. Là encore, les personnages qui hantent l’imaginaire de cette lectrice vorace mais aussi ses héros familiaux apparaissent au détour d’une référence, d’un fragment d’image et se fondent dans sa réalité. Mais, finalement, quoi de plus normal pour cette enfant du réalisme magique qui fut élevée sur les berges de l’Orénoque par une grand-mère à demi indienne warao qui maîtrisait l’art de rendre les vieux arbres à nouveau fertiles par la prière et qui n’eut jamais besoin de réveil-matin, laissant aux âmes du purgatoire le soin de lui indiquer l’heure de se lever.

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Du nombril au pied

C’est certainement aussi de ses racines latino-américaines et des ses écrivains emblématiques que lui vient le goût de la micro-nouvelle, du récit très court qui en quelques mots parvient à ouvrir la porte d’une autre monde ou à s’immiscer dans la peau d’un personnage. Depuis quelques années, elle s’attache ainsi à raconter des bribes d’histoires qu’elle adosse à des dessins denses et détaillés qui viennent s’entremêler aux mots pour sublimer les deux dans un univers personnel où les histoires finissent généralement par des questions. La forme parfois devient très courte et se rapproche de l’aphorisme mais point de leçon ou de morale ici, c’est presque toujours par le doute que se concluent ces instantanés, mettant ainsi le spectateur sur la piste d’un récit qu’il lui appartiendra de construire.

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Du nombril au pied

Biographie

Après une enfance passée sur les rives du fleuve Orénoque dans la moderne Puerto Ordaz, Carmela Garipoli part vivre en 1985 dans la ville de Mérida, où elle poursuit des études de graphisme à l’Université des Andes.

Elle y fait la rencontre du philosophe et écrivain José Manuel Briceño Guerrero dont elle va suivre l’enseignement pendant plus de dix ans et qui va marquer profondément sa manière de penser et de décrire le monde et notamment la complexité des identités latino-américaines.

En 1995 elle publie le recueil de nouvelles : « Verdades Juradas » aux éditions Mucuglifo puis en 1996 un recueil de poèmes aux Presses Universitaires de l’Université des Andes.

En 1999, elle s’installe à Marseille où elle intégre l’association ECLat (Echanges Culturels Latino-américains) avec laquelle elle organise l’échange artistique ArCo entre la France et le Venezuela. De 2001 à 2004 elle permettra ainsi à 8 artistes marseillais ( 4 plasticiens puis 4 photographes) d’aller travailler 5 semaines à Mérida et à 8 vénézuéliens de venir faire de même à Marseille. Au sein de ce collectif de « latinophiles », elle coordonne la traduction et la publication de plusieurs auteurs latino-américains comme Jonuel Brigue, Juan Acevedo ou Nicanor Parra et participe à l’organisation de nombreux événements comme l’Odyssé des Lecteurs à Martigues en 2002.

Dès son installation dans la cité phocéenne, elle développe un travail de création autour du Tarot de Marseille qu’elle revisite depuis indéfiniment que ce soit sous forme de dessins, de photos ou encore de poèmes. Une partie de ce travail a été exposé à l’Espace Culture ( Marseille) en 2004.

En 2005, elle reprend ses études de graphisme et se consacre depuis à cette profession. A l’aide de l’ordinateur elle développe un travail hybride où l’image et le texte se côtoient voire se superposent comme dans ses « carnets de voyage » qu’elle présente 2008 à la galerie Harmonia Mundi et qu’elle continue de créer encore aujourd’hui.

En 2011, elle renoue avec la diffusion d’artistes vénézuéliens et organise une tournée en France du groupe Carora en Concierto (tournée qu’elle va organiser de nouveau en 2013 et en 2014). A l’occasion de leur venue, elle expose à l’Espace Paul Jargot(Crolles) un travail inédit d’ocres sur bois où elle croise les arcanes du tarot de Marseille avec les pétroglyphes précolombiens du bassin de l’Orénoque.

De 2014 à 2016, sous l’impulsion du collectif Juxtapoz, elle installe son atelier dans la résidence d’artiste située dans l’ancien Cours St Thomas d’Aquin où elle présente en juin 2016 lors des portes ouvertes intitulées « L’école est finie » sa dernière création « Du nombril au pied », un recueil de dessins, de très courts textes et d’aphorismes.

En 2017, elle participera à l’opération « L’art renouvelle le collège, le lycée et la ville » organisée par le Passage des Arts ainsi qu’à l’illustration de l’oeuvre du compositeur François Rossé «Allongé sur le divin », commande d’État dans le cadre de l’échange musical franco-vénézuélien Contrapunteo porté par l’association Sinayu et l’ensemble C Barré.

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Carnet de voyage Orènoque